…j’ai menti !

Vous vous rappelez, sans doute, l’histoire de Mohamed Mehdi Ghanmi. Oui, le pauvre étudiant de l’Université Laval, accusé d’agression sexuelle. Oui, le gars exclu de l’Université, banni du campus et ruiné par ses avocats. Oui, le jeune tunisien de 26 ans pour lequel la Couronne a demandé (quatre mois après son arrestation) « un arrêt des procédures » à la suite des « nouvelles informations ». C’est tout le temps le même scenario « kafkaïen ». Détruire une vie, même pas un mot d’excuse…

Malheureusement, pour une société qui figure comme un modèle de démocratie, ça arrive plus souvent qu’on aurait pu penser. La « victime » de M. Ghanmi rempli toutes les qualificatives « d’agresseur volontaire ». Elle aurait agi comme ça parce l’homme l’avait refusé plusieurs fois. Oui, accuser un innocent pour te venger. On parle alors de « Quand la victime devient l’auteur du crime ».

Ce constat téméraire, établi en 2014 au cours d’un congrès de l’ACFAS (Action francophone pour le savoir), ne l’a pas été, on s’en doute, par une intervenante féministe de C.A.L.A.C.S. , mais bien par un certain Michel St-Yves, qui a le courage d’aborder, sans égard, un sujet si tabou et controversé.

Monsieur St-Yves est psychologue judiciaire à la Sûreté du Québec, affecté au Service de l’analyse du comportement, une unité spécialisée de soutien aux enquêtes criminelles, servant à établir le profil psychologique d’un suspect et à préparer les interrogatoires de police. Il enseigne à l’École nationale de police du Québec et est chargé de cours à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Il a participé à la mise en place de la première formation continue en matière d’entrevue d’enquête en Suisse, où il est formateur depuis 2007. Il est conférencier à l’École Nationale de la Magistrature de Bordeaux et correspondant scientifique pour le Département des Sciences du Comportement de la Gendarmerie française. Pour finir, il est l’auteur et le coauteur de plusieurs livres et articles scientifiques. Son œuvre « Psychologie de l’enquête criminelle – La recherche de la vérité » est devenue un document indispensable pour tous ceux travaillent ou s’intéressent dans le domaine des enquêtes policiers.

Les fausses accusations…

Il est certain que le psychologue réputé connaît la question des accusations mensongères. Selon le Journal de Montréal : « Le sujet est sensible, a reconnu hier [11 mai 2014] Michel St-Yves, lors de sa conférence au congrès de l’ACFAS. Et l’objectif de sa présentation n’est surtout pas de dissuader les victimes de dénoncer, a-t-il assuré.

Mais le phénomène des fausses allégations d’agression sexuelle est « relativement fréquent ». Cette problématique représente en effet 7 % des dossiers de crimes sexuels enquêtés par la police. »

Il ne faudrait cependant pas conclure trop rapidement que les allégations mensongères ne représenteraient que 7 % des cas réels puisque le même Michel St-Yves déclarait, le 20 décembre 2004, dans le Soleil de Québec, que de 30 à 40 % des allégations d’abus ou d’agressions sexuelles étaient sans fondement. Certains scientifiques avancent même le chiffre fatidique de plus de 50 %( Anstiss, 1995; Blair, 1985; Feldman-Summers et Palmer, 1980).

Mais pourquoi mentent-elles ?

Les fausses victimes, majoritairement des femmes, comme l’affirme le psychologue, mentent pour plusieurs raisons. Parmi les mobiles de ses crimes, St-Yves cite une de ses sources:

« Kanin (1994) identifie trois principales motivations chez l’adulte pour faire de fausses allégations d’agression sexuelle :

« 1) Servir d’alibi et sauver la face : Dans son étude, Kanin (1994) observe que la majorité des plaignantes (56%) ont fait de faux aveux pour se sortir d’une situation embarrassante et ne pas perdre la face. Lorsque cela survient, le présumé agresseur est identifié une fois sur deux par la plaignante. Les raisons qui motivent à faire de telles allégations sont variées (Hayman, Steward, Lewis, & Grant, 1968; MacDonald, 1971, 1973; Schiff, 1969) : une aventure extraconjugale qu’il faut expliquer, la crainte d’être enceinte ou d’avoir contracté une maladie transmise sexuellement, la peur de la réprimande des parents pour avoir désobéi. Dans certains cas, les raisons sont plus banales, comme la perte d’argent ou d’objets de valeur, un accident de voiture, une fugue.

« 2) Vengeance : Kanin (1994) a observé qu’un peu plus d’une femme sur quatre (27%) a fait de fausses allégations de viol par haine, frustration ou pure vengeance, souvent à la suite d’un rejet (réel ou non). Lorsque les fausses allégations sont faites dans un but vindicatif, le présumé agresseur est toujours identifié par la plaignante.

« 3) Besoin d’attention et de sympathie : Selon Kanin (1994), le besoin d’attention et de sympathie est la principale motivation chez 18% des femmes. Lorsqu’elles sont motivées par de tels besoins, les plaignantes vont souvent faire toute une mise en scène pour paraître le plus crédible possible, allant dans certains cas jusqu’à fabriquer des preuves et à se blesser gravement. C’est ce qu’Asher (1951) appelle le syndrome de Munchausen. »

Autres motivations seront :

  • Gain financier (Indemnisation; soins gratuits, chantage);
  • Trouble psychotique/délirant;
  • Faux souvenirs/syndrome de la mémoire retrouvée (E. Loftus)
  • Abus de substances (alcool/drogue)

Selon St-Yves, la plupart de fausses victimes ont en commun les mêmes problèmes de personnalité, tel que :

  • Problèmes personnels;
  • Antécédents psychiatriques ou trouble de la personnalité (hystérique, borderline). Peut avoir la réputation d’être menteuse ou d’exagérer;
  • Victimisation antérieure pour un ou des crimes semblables;
  • Allégations faites suite à la publicisation d’un crime similaire;
  • Antécédents médicaux abondants pour des maladies « spectaculaires » ou des blessures;
  • L’entourage rapporte que le comportement post-trauma de la plaignante n’est pas compatible avec ses allégations;
  • La plaignante se montre outrée/offensée lorsqu’on lui demande de corroborer sa version;
  • La plaignante tente de diriger l’entretien vers des sujets moins menaçants pour elle ou d’une manière à attirer la sympathie.

Incohérences lors d’interrogatoires, récits embrouillés, blessures que les plaignantes se font elles-mêmes, descriptions « hollywoodiennes » d’agresseurs imaginaires, parfois aussi aveux « spontanés », voilà autant de facteurs qui amènent les enquêteurs à déceler l’imposture, selon les dires du chercheur qui ajoute :

« […] il faut être capable de dépister les fausses allégations. Cela coûte cher à l’État. Pendant ce temps, on ne travaille pas sur d’autres dossiers. »

En ce temps, on assiste à la réouverture de milliers de dossiers d’agressions sexuelles jugées sans fondement dans le passé et j’ose à dire qu’il va falloir trouver un coupable à tout prix. La situation est devenue si absurde qu’on doit couper la ligne de dénonciation.

« Après avoir reçu 463 appels en 19 jours, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fermé lundi sa ligne téléphonique de dénonciations d’agressions sexuelles. »

Ne serait-il plus simple d’envoyer tous les hommes en prison ?

 

Article écrit avec la collaboration de M. Olivier Kaestlé

 

 

 

 

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