L’aliénation parentale est un phénomène complexe et douloureux qui peut avoir des effets dévastateurs sur les personnes impliquées. Ce syndrome (abrégé en SAP) a été évoqué pour la première fois par le psychiatre Richard A. Gardner dans son livre « Le syndrome d’aliénation parentale : passé, présent et futur » au début des années 1980. À cause de ses effets destructeurs, certains chercheurs le comparent même avec une forme de « terrorisme » émotionnel. Français Jean-Pierre Cambefort, psychologue spécialisé dans l’éducation des enfants aborde ce sujet dans son œuvre « Famille éclatée, enfants manipulés : l’aliénation parentale ».
Qu’est-ce que c’est l’aliénation parentale?
Il s’agit de l’instrumentalisation d’un enfant par l’un des parents à l’encontre de l’autre lors d’une situation conflictuelle. Cette forme de manipulation, consciente ou inconsciente, peut être faite également par un(e) frère/sœur, mais en réalité, à l’origine ce sont plutôt des mères qui l’engendrent. En effet, après le témoignage de nombreux parents séparés de leurs enfants, Jean-Pierre Cambefort confirme que dans 75% des cas la mère en est responsable. Selon ses croyances, l’enfant lui appartient, le père est seulement le géniteur.
Le phénomène commence par la garde de l’enfant, mais rapidement il va au-delà. Suite à ce processus de conditionnement, l’enfant se retourne contre le parent aliéné pour finalement le rejeter. Il est contrôlé, obligé de montrer sa loyauté envers le parent aliénant, un phénomène semblable à un adepte d’une secte religieuse. C’est comme si l’enfant devrait effacer la moitié de son existence.
L’aliénation parentale : une forme de violence émotionnelle
Cette manipulation peut inclure des manipulations psychologiques, mensongères ou des représentations biaisées de l’autre parent. Il n’est pas rare que le parent qui utilise cette forme de violence pose lui-même en victime. Des fausses accusations et des rapports fictifs pour faciliter le gain de cause au tribunal font partie de son arsenal. À ce sujet, dans Lacombe c. André, [2003], la Cour d’appel mentionne :
« On doit constater d’ailleurs, avec tristesse, qu’il est récemment devenu à la mode, dans certains dossiers matrimoniaux, d’accuser le conjoint de ce type d’infractions [agressions sexuelles sur les enfants] pour bonifier les chances d’une garde exclusive »
Les conséquences de l’aliénation parentale
Les effets de l’aliénation parentale sont catastrophiques à long terme :
- l’enfant peut souffrir de confusion émotionnelle, stress, perte de confiance en lui et avoir des difficultés relationnelles;
- le trouble d’anxiété de séparation (TAS) est un problème récurrent chez les enfants qui couvre environ la moitié de l’ensemble des troubles anxieux;
- l’enfant peut souffrir de difficultés scolaires, concentration, mémoire;
- le parent aliéné peut ressentir une profonde douleur émotionnelle, perte de lien avec l’enfant et un sentiment d’impuissance;
- selon certains psychologues, la séparation d’un enfant représente la situation la plus pénible qu’un adulte puisse vivre;
- pour la famille élargie, les relations avec les grands-parents, cousins, etc. entraînant une rupture de la dynamique familiale.
Comment reconnaître l’aliénation parentale ?

Identifier l’aliénation parentale peut être difficile, car ses manifestations sont souvent subtiles. Voici quelques signes indicateurs :
- l’enfant critique sévèrement et de manière injustifiée le parent aliéné;
- l’enfant exprime des émotions négatives qui semblent disproportionnées par rapport aux actions du parent aliéné;
- l’enfant refuse de passer du temps avec le parent aliéné sans raison valable;
- l’enfant reprend des arguments ou des phrases qui semblent provenir de l’autre parent.
Que faire face à l’aliénation parentale ?
Même si ce phénomène est sanctionné dans plusieurs pays, cette approche varie d’une instance à l’autre. Le Mexique est l’un des seuls pays à date à légiféré l’aliénation parentale dans son Code civil et pénal en sanctionnant ces comportements. Les États-Unis, le Brésil et le Danemark reconnaissent ce concept, tandis que les juges au Canada lui accordent de plus en plus d’importance, surtout si le parent victime est la mère.
Au Québec, il n’y a aucune mention de l’aliénation parentale dans la loi. Cependant, le Tribunal peut pénaliser le parent fautif. Dans un jugement rendu en avril 2022, le tribunal a condamné un père à payer 30 000 $ en dommages-intérêts à une mère suite à une affaire de ce type.
Au Québec, il y a quinze ans, les dédommagements imposés à l’un des parents, autres que la pension alimentaire, étaient très rares. Cependant, de nos jours, des dommages pour l’aliénation parentale sont devenus de plus en plus fréquents.
En mai 2025, un père a été contraint de verser des indemnités morales de 10 000 $ dans une affaire « exceptionnelle […] provoquée par le comportement dévalorisant et séparateur du défendeur, qui a tout mis en œuvre pour éloigner l’enfant de sa mère et influencer la manière dont il perçoit la demanderesse ».
En juillet 2025, un père a été condamné à payer 10 000 $ à son ex pour « comportements aliénants ayant entraîné la rupture du lien mère-fille et du lien mère-fils ».
L’aliénation parentale est un véritable fléau social qui nécessite une attention et une intervention appropriée. Ce phénomène est une forme de violence incontestable, une véritable forme de « terrorisme émotionnel ». Il est essentiel d’analyser la situation avec attention, chercher des solutions constructives et adapter les lois pour le bien-être de l’enfant et de la famille dans son ensemble.




