La violence conjugale est un problème complexe et malheureusement trop répandu. Quand on entend parler du sujet, inconsciemment on pense à l’homme agresseur et la femme victime. Pourtant, les recherches et les statistiques démontrent depuis des années que les femmes en font autant, voir plus. Allons voir comme exemple les couples lesbiens.
Dans les couples lesbiens, la violence conjugale prend une forme unique, influencée par une dynamique spécifique associée au sexe et la sexualité féminine. L’exploration du sujet accompagne la destruction certains mythes et dévoile une réalité à laquelle sont confrontées les femmes dans ces relations.
Étonnement, plusieurs études démontrent que la violence conjugale des lesbiennes est nettement supérieure à celle des couples hétérosexuels ou gais.
MYTHES ET RÉALITÉS DANS LES COUPLES LESBIENS
Selon les mythes existants, les relations lesbiennes sont exemptées de violence en raison de l’absence de l’homme, souvent perçus comme le principal agresseur. Cependant, cette perception est trompeuse et minimise l’expérience des victimes. La violence n’est pas intrinsèquement liée au sexe de l’agresseur, mais plutôt à des dynamiques de pouvoir et de contrôle.
Dans une étude portant sur la violence sexuelle, le harcèlement et la violence conjugale selon l’orientation sexuelle sortie en 2000 aux États-Unis on voit que certaines formes de violence sont nettement supérieures dans un couple de femmes que dans celui hétérosexuel :
| Couple hétérosexuel | Couple lesbien | |||
| Type de violence | Pourcentage | Nombre estimé de victimes | Pourcentage | Nombre estimé de victimes |
| Viol | 18.7 | 17 397 | 24.7 | 414 |
| Pénétration forcée réussie ou tentée | 14.0 | 13 049 | 18.0 | 301 |
| Coercition sexuelle | 12.8 | 11 954 | 17.6 | 295 |
| Domination | 15.6 | 14 479 | 19.5 | 327 |
| Violence physique | 32.4 | 30 104 | 39.8 | 668 |
Un sondage américain de 2010 démontre que :
- plus de 43% des femmes lesbiennes ont indiqué avoir subi de la violence domestique au cours de leur existence.
- 26% des hommes homosexuels ont rapporté des expériences comparables.
- À titre de comparaison, « seulement » 35% des femmes hétérosexuelles et 29% des hommes hétérosexuels ont affirmé avoir été victimes de violences au sein du couple.
Une autre étude menée par le National Violence Against Women Survey aux États-Unis a révélé que 56 % des femmes lesbiennes avaient signalé avoir subi des violences physiques, par rapport à 30 % des femmes hétérosexuelles.
Toujours aux États-Unis, selon une enquête nationale du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) sur la violence intime et sexuelle (NISVS), parue en 2010, 44% des femmes lesbiennes et 61% des femmes bisexuelles ont rapporté avoir été victimes de violences domestiques au cours de leur existence, en comparaison avec 35% des femmes hétérosexuelles.
Selon un rapport de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) datant de 2015, la fréquence de la violence domestique au sein des femmes lesbiennes et bisexuelles est équivalente ou même plus élevée que chez la population hétérosexuelle. Cette étude souligne que les femmes bisexuelles subissent particulièrement de la violence domestique.
Selon une recherche de l’Université d’État de Sam Houston, les personnes ayant eu au moins une relation avec un partenaire de même sexe sont plus enclines à subir de la violence domestique que celles hétérosexuelles.
En Europe, une étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) parue en 2012 dévoile que :
- 23% des femmes qui s’identifient comme lesbiennes ou bisexuelles ont rapporté avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur compagne;
- Ce taux dépasse celui des femmes hétérosexuelles qui est autour de 20%.
Dans un sondage sur la victimisation commandé par Statistique Canada en 2014 on constate que :
- Les femmes identifiées comme lesbiennes ou bisexuelles risquent presque d’être victimes de violence domestique trois fois plus que les femmes hétérosexuelles.
- 67% des femmes lesbiennes et bisexuelles signalent avoir subi des violences domestiques, comparativement à 22% des femmes hétérosexuelles.
Une autre recherche canadienne a révélé que 21 % des femmes lesbiennes avaient été victimes de violence de la part de leur compagne, comparativement à 7 % des femmes hétérosexuelles.
FORMES DE VIOLENCE CONJUGALE DANS LES COUPLES LESBIENS
Dans les couples lesbiens, il peut avoir les mêmes gestes de violence que dans un couple hétérosexuel, soit :
- Violence physique : coups, gifles, strangulations.
- Violence psychologique : manipulation, humiliation, menaces, contrôle et domination.
- Violence économique : contrôle des finances, interdiction de travailler.
- Violence sexuelle : coercition ou pressions sexuelles, viol.
FACTEURS CONTRIBUANT AUX VIOLENCES DANS LES COUPLES DE LESBIENNES
Les études ont révélé que les femmes sont généralement plus jalouses que les hommes et se montrent davantage inquiètes par une aventure sexuelle que par la trahison affective. Les femmes dans des relations lesbiennes peuvent ressentir plus de jalousie que dans les couples hétérosexuels à cause de cet aspect.
INVISIBILITÉ ET STIGMATISATION DE LA VIOLENCES DANS LES COUPLES DE LESBIENNES
Les femmes dans des relations lesbiennes peuvent hésiter à signaler les violences en raison de la peur de ne pas être prises au sérieux ou de renforcer des stéréotypes négatifs sur la communauté LGBTQ+. Faute d’un protocole clair dans leur cas, les forces d’ordre ne peuvent pas conclure qui est l’agresseur et qui la victime. L’invisibilité de ces violences peut conduire à un manque de ressources et de soutien adaptés.

PRESSION SOCIALE ET ISOLEMENT DANS LES COUPLES LESBIENS
Les pressions sociales pour maintenir une image de relation parfaite et le manque de modèles de relations saines peuvent exacerber les tensions. De plus, l’isolement social, souvent causé par l’homophobie ou la discrimination, peut rendre difficile pour les victimes de chercher de l’aide.
Les violences conjugales dans les couples lesbiens sont une réalité complexe qui nécessite une attention particulière. En déconstruisant les mythes et en mettant en lumière les réalités vécues par ces femmes, nous pouvons œuvrer pour un avenir où toutes les relations sont exemptes de violence. La sensibilisation, l’éducation, et l’accès à des ressources adaptées sont essentiels pour le soutien et la prévention.
Toutes les recherches révèlent que les violences conjugales touchent de manière disproportionnée les femmes lesbiennes et bisexuelles comparativement aux couples gais ou hétérosexuels. La société devrait alors d’arrêter de pointer du doigt les hommes comme responsables de tous les délits conjugaux.




